Stéphane Richard en visite à la DTCE, le changement? vraiment?

Après avoir rencontré 300 cadres de la DT Centre Est et fait quelques visites, c’est pendant une heure montre en main que le numéro 2 de France Télécom, (et remplaçant de Louis-Pierre Wenes) échangeait avec l’ensemble des organisations syndicales.
Autant dire que le temps de parole a été très contraint et que les réponses ont été bien évidemment essentiellement des promesses de bonnes intentions. Cette rencontre fait partie de la « campagne » menée par la Direction Générale dont le but évident est de redonner confiance en expliquant qu’il faudra être patient.

L’échange s’est néanmoins prolongé avec Jacques Moulin, Directeur des actions territoriales et DRH des Opérations France, qui a pris note des remarques et répondu aux questions des OS.
Après avoir transmis au n°2 une pétition signée en très peu de temps par plusieurs centaines de collègues, la CGT fait une déclaration:

« Avec la série de suicides qui frappe le personnel, les salariés payent 10 ans d’un harcèlement institutionnalisé, ayant comme seul objectif de supprimer des emplois afin de garantir les milliards de cash flow et le gavage des actionnaires.
La presse ne parle que des suicides ayant eu lieu depuis 18 mois. Mais nous, nous n’oublions pas les précédents, avec, à Lyon les 6 suicides de 2002-2003, dont notre camarade Jean Ferreres, muté d’office, peu de temps avant, du commercial 1014 vers le 1013.
Jusqu’au 20 ème suicide en 18 mois, France Telecom était dans le déni. Nous n’avions droit qu’à des ricanements de la direction de l’entreprise et même aux mauvais jeux de mots et aux plaisanteries macabres.
Ensuite le discours induit était « il y a des vieux techniciens fonctionnaires qui ne suivent pas le changement »
La suite à prouvé que les victimes de la politique de France Telecom était aussi des jeunes et des contractuels.
Nous tenons aujourd’hui à rendre un hommage particulier à notre camarade Jean Paul Rouanet.
Contrairement aux déclarations de monsieur Barberot, les organisations syndicales dénoncent depuis longtemps les causes de cette situation délétère
Quelques exemples locaux de ces dernières années :

  • 1013 de Clermont Ferrand fermé : reclassement difficile du personnel, service ré ouvert quelques mois plus tard.
  • Personnel qui doit postuler sur son propre poste à l’occasion de fusion de services à la création des UI
  • Le chantage à l’emploi dans les petites villes où le personnel a accepté tous les changements de métiers pour finir délocalisé, comme à Villefranche sur Saône, Tarare, Vichy et bien d’autres encore.

Cette année, fermeture à Lyon du site de l’UAT alors que des agents venaient d’y être muté d’office après la fermeture du CSRH avec l’assurance d’un emploi pérenne car prioritaire ! Sachez qu’au moment de l’annonce de la fermeture par le DRH, des collègues étaient encore en formation dans la pièce voisine.

Sachez que quelques jours avant, des collègues réticents au script ou aux nouvelles procédures était « menacés » d’être muté au 1014 ou au CCORR

Il parait qu’on vous a programmé cet après midi une visite au 6è étage de Vivier Merle sur les vestiges de ce plateau, c’est tout un symbole !

Le 11 juin dernier, le Comité d’Établissement de la DTCE tenait une conférence de presse devant la boutique Lyon Vivier Merle
pour briser le mur du silence,
pour rendre publics les rapports alarmants des médecins du travail,
pour rappeler les démissions de médecins du travail dont les préconisations en matière de prévention étaient méprisées par la direction d’Orange France Telecom
pour rappeler que depuis des années la CGT, comme les autres OS, dénonce la situation délétère à Orange France Telecom ne provoquant que des ricanements de la direction et des pressions pour faire taire les médias

Depuis, le personnel est passé de la période où il comptait ses morts, rendait des hommages et organisait des minutes de silence à une période de résistance.
Il y a eu des débrayages spontanés durant l’été. Le 10 septembre la grève a été massive et unitaire. Pendant tout le mois d’octobre le personnel s’est mobilisé avec deux manifestations de 600 personnes à Lyon, des débrayages et des rassemblements toutes les semaines, sur tous les sites du territoire, avec le personnel de la DT CE et celui des services nationaux, et plusieurs jours de grève en Auvergne.

Finalement des choses ont bougé, grâce à la pression du personnel, de tous les niveaux hiérarchiques et dans l’unité syndicale.
Des négociations nationales ont été ouvertes, des annonces nationales arrivent, mais on assiste à un « double jeu » : Il y a toujours un décalage entre les annonces nationales et leur application locale.
De plus, il y a encore aujourd’hui à Lyon des personnes à qui l’on vient annoncer qu’on supprime leur activité du jour au lendemain
Nous ne citerons pas de nom, mais il y a des écrits et nous traiterons directement avec la DTCE
A l’UPR, nos camarades ont découvert 8 salariés en CDD « cachés » sur le site de Bellecour pour effectuer des tâches pas du tout temporaires, mais au contraire en pleine extension sur le haut débit.
FT abuse encore des missions temporaires, Clermont….UAT Le personnel reste mobilisé
Ce Jeudi 19 novembre, 200 personnes manifestaient encore devant la boutique Vivier Merle
Aujourd’hui en ½ heure devant les cantines, un mercredi, près de 700 personnes ont signé la pétition que nous vous remettons.

La CGT revendique :

  • L’ouverture de négociations au niveau DT et services nationaux
  • Des embauches massives pour permettre de diminuer les pressions sur la productivité, le remplacement de tous les départs, la prise des congés, la réintégration des travaux sous traités.
  • La requalification de tous les CDD et contrats précaires en CDI.
  • La reprise de la négociation sur les « fin de carrières » avec une mesure pour les 55 ans, que vous voulez boucler demain
  • Le respect du code du travail et de la CCNT avec le décompte du temps de travail dès l’arrivée dans le service en intégrant,
    • sur les plateaux : 10 mn de pause pendant chaque tranche de 2 heures de travail (en application des décisions nationales)
    • en boutique : l’ouverture et la fermeture, (en application des décisions nationales)
    • et en intervention : trajet vers le chantier ou le client, consultation/édition/clôture des OT
  • l’amélioration du Système d’Information, arrêt des applications OPTIM et CLIENT+
  • 13è mois pour tous
  • Là où la PVV existe : Déclenchement dès la première vente, pas de système mettant les salariés en concurrence. Pas de « part collective » aboutissant à une « chasse au maillon faible » dans les équipes.

Pour conclure, sachez que pour nous la direction est sous surveillance.
Nous n’avons aucune illusion, nous savons que vous représentez ici la dictature des actionnaires, nous jugerons les actes pas les discours. »

Stéphane Richard, en a pris acte, indiquant qu’il avait aujourd’hui une réelle capacité décisionnaire, et a évoqué les changements à venir qu’il souhaitait. Indiquant qu’il n’attendait pas tout des négociations en cours, il s’est dit qu’il fallait réfléchir à tout ce que l’on pouvait faire pour aller dans le bon sens.

Politique de l’emploi: les 380 emplois, 100 emplois RH, 1000 emplois prévus par ré internalisation des activités, plus les 1500 emplois issus des négos séniors : pour la CGT, s’ils sont un signe d’un changement notable, ils restent encore largement insuffisants au regard des 80 000 emplois perdus ces 12 dernières années. La DT nous annonce d’ores et déjà 30 recrutements dont un CDI Travailleur handicapé au CCOR. La CGT a rappelé par ailleurs l’utilisation inacceptable de CDD d’intérimaires et CDITP en lieu et place d’emplois en CDI à temps plein pour effectuer l’activité normale de l’entreprise. Pas de réponse claire sur le sujet.
Un engagement fort d’une revalorisation de la filière RH. On peut cependant avoir des doutes sur des DRH dont la mission a été pendant toutes ces années de fermer des services, et de faire partir, qui deviendraient miraculeusement de vrais « soutiens » RH.

Télétravail et petits sites: Il reconnait que l’entreprise n’a pas forcement été complètement honnête concernant les directives nationales pour mettre en œuvre le télé travail à l’issue le la signature de l’accord (que la CGT n’a pas signé) . Des consignes claires seront données et si tous les sites fermés ne seront pas réouvert, la situation des salariés qui souffrent le plus sera examinée. A suivre. Rappel du maintien de Cahors et de la mise en place du télétravail dans le Nord. Évocation d’Alès, où (dixit Stéphane Richard), il est trop tard pour changer les choses, mais un bilan humain complet sera fait et une réponse sera apporté pour les cas les plus difficiles. Sur le sujet des petits sites, Stéphane Richard indiqué qu’une réflexion sera engagée sur une nouvelle organisation dans le but de maintenir des petits sites: il en restera sans doute plus que prévu.

Investissements: ils vont être réalisés dans un certain nombre de domaines : Sur les plateaux, par exemple, remplacement rapide des écrans et casques.
Sur le réseau, une augmentation de 20% des investissements,notamment sur le déploiement de la fibre optique, la boucle locale et la maintenance préventive. Stéphane Richard a affirmé que si on devait continuer à laisser le réseau se dégrader, on arriverait inéluctablement à une séparation comme RFF pour la SNCF, et on perdrait alors notre avantage concurrentiel sur les autres opérateurs. C’est, dit-il encore le réseau qui fait notre force.

Que dit la CGT depuis 20 ans avec le déploiement de la fibre optique jusque chez l’abonné ?

Peu avant son départ, la CGT a interpellé Stéphane Richard sur les négociations nationales : après plusieurs dizaines de réunions, force est de constater qu’on piétine de façon préoccupante. Dès que l’on attaque « dans le dur » du sujet, à savoir l’organisation du travail dans l’entreprise, qui a un lien direct avec la souffrance au travail, les réponses se font attendre au profit de débats souvent stériles et dilatoires, souvent entretenus par un certain nombre d’OS. Les propositions souvent très concrètes faites par la CGT sur tous les chantiers n’ont reçu que peu de réponses. Des projets déjà anciens, comme UI excellence ou l’optimiseur, qui vont à l’inverse du but recherché sur l’amélioration des conditions de travail, sont ressortis, à peine relookés, des cartons. La question des congés en général, des temps de pose ou du temps de travail effectif sur les plateaux n’est pas réglée. Dans la vie de tous les jours, les managers ont toujours l’arme au pied attendant encore «les ordres d’en haut ».

La CGT a également fait part de la démission du Docteur Morel, et de la difficulté, pour les médecins, d’effectuer leur mission.

Concernant UI Excellence, et l’optimiseur, Jacques Moulin est toujours convaincu de sa pertinence, même s’il concède des améliorations nécessaires. Ceci montre que sur l’ensemble des dossiers le changement n’est encore pas significatif.

S’il est normal que les grands principes soient définis nationalement, c’est bien en donnant des marges de manœuvres aux managers territoriaux (DT pour ce qui nous concerne) et locaux(UO) que l’on va faire changer les choses. C’est dans leur vie professionnelle quotidienne que les salariés de France Télécom veulent voir les choses changer, pour cela, il faut redonner de la liberté de manœuvre au management local.

Car malgré tous ces chantiers en cours, y compris localement, les salariés ne voient pas de changement au quotidien. Il y a toujours des bilans de performance comparée réguliers, des pressions régulières sur les horaires, leurs rythmes de travail ou les congés.
80% du personnel a répondu au questionnaire Technologia, concernant cette enquête, c’est cela l’information importante.

Que France Télécom ne fasse plus régulièrement la une des médias, ne doit pas inciter la Direction de FT à reprendre ses vieilles habitudes, qui ont causé des dégâts considérables sur le personnel.

Celui-ci, s’il attend d’une certaine façon le résultat des négociations, et s’il en attend un résultat à la hauteur de ses espoirs, il faut également qu’il ait l’arme au pied !

Si les réorganisations sont gelées jusqu’au 31 décembre 2009 et qu’au 02 janvier 2010, même si Stéphane Richard affirme qu’elles ne recommenceront plus comme avant, même s’il reconnait qu’une entreprise de la taille de FT a des responsabilités concernant l’aménagement du territoire, il est illusoire d’attendre un changement sans une mobilisation massive de tous les instants.

Il est grand temps que la Direction donne rapidement un signe fort de sa volonté de faire changer les choses en profondeur, pour cela, elle doit avoir face à elle un personnel décidé à imposer le changement.

Ce changement, la CGT veut et doit l’imposer sous l’impulsion du personnel !