Une solidarité à sens unique

La solidarité n’est pas un vain mot pour les personnels de France Télécom et c’est particulièrement vrai en cette période pour les services techniques.

En effet, la terrible tempête qui a frappé le Sud Ouest a permis de mesurer la forte solidarité des salariés de FT envers les populations sinistrées et les collègues des lignes confrontés à un réseau dévasté. Cette solidarité, issue de l’esprit de Service Public, pourtant tant décrié par les défenseurs dogmatiques de la concurrence à tout prix.

Près de 3000 techniciens venant de toutes les régions de France ont décidé de mettre leur vie de famille entre guillemets et se sont portés volontaires dans le cadre du Plan Radial ce qui démontre l’attachement des personnels de France Télécom aux valeurs de service public.

Les autres opérateurs sont pour l’essentiel aux abonnés absents pour ce genre de mission.

Pourquoi un Plan Radial National ?

Le Plan Radial est une mesure exceptionnelle lancée par l’entreprise pour faire face à une situation exceptionnelle sur une région ou un département confronté à des difficultés engendrées souvent par des conditions météorologiques hors normes.

Dans ce cadre, le plan radial ouvre droit à compensation (prime de départ de 130€ + 39€/jour). Les primes, les heures supplémentaires et travaux réalisés sont indemnisés par les assurances. N’y a-t-il pas tentation pour l’entreprise de faire passer dans le Plan Radial des travaux de production et de jarretiérages ? N’est ce pas aussi un moyen pour l’entreprise de faire travailler plus ces personnels en dehors de tout accord régissant le temps de travail ? La question est posée.

La volonté de l’entreprise d’étendre au niveau national le Plan Radial ne peut pas justifier d’imposer des heures supplémentaires à l’ensemble des personnels techniques.

Là aussi une question se pose. Les heures supplémentaires effectuées dans le cadre du Plan Radial sont-elles dans ce quota annuel des 90 heures ? Dans plusieurs régions, la question a été posée à l’Inspection du Travail qui répond que l’entreprise ne peut déroger aux accords OARTT nationaux et locaux.

Le niveau national pour un tel plan ainsi que l’allongement de sa durée demandée par Philippe Chicaud ( Directeur technique France) sont-ils justifiés ?

La multiplication ces derniers mois de plan de toutes sortes (PLAN PARASOL, PLAN PASSE-MONTAGNE, FLASH RADIAL, PLAN RADIAL, PLAN DE SOLIDARITÉ…) est un moyen pour l’entreprise de pallier aux nombreuses suppressions d’emplois et de masquer la vétusté du réseau qui, faute de personnel, n’est plus entretenu. L’abandon de l’entretien préventif et la casse des services de la Boucle locale sont une autre des conséquences de la fragilité du réseau.

Un réseau bien mal en point !

La privatisation de France Télécom avec son lot de suppression d’emplois ainsi que l’orientation de l’entreprise vers les services et les contenus au détriment de la technicité sont les causes de la situation catastrophique du réseau.

Les leçons de la tempête de 1999 n’ont pas été retenues et les collègues intervenant dans le Sud Ouest constatent encore des séquelles de cette tempête.

La recherche permanente et obsessionnelle de toujours plus de profit pour rassurer les marchés et rétribuer l’actionnaire qui se traduit par des milliers de suppressions d’emplois, l’abandon des activités techniques et de l’investissement dans un réseau d’avenir, un recours abondant à la sous-traitance engendrant plus de précarité pour ces salariés à fortement contribué à la vulnérabilité du réseau.

La CGT exige une autre politique d’entreprise pour que ces situations de crises permanentes soient moins pénalisantes pour nos usagers et pour les personnels. Pour cela elle demande :

  • L’arrêt des suppressions d’emplois et un engagement de la Direction de recruter et de former des jeunes, des apprentis, des agents en déploiement pour faire face à une charge de travail avérée dans les services techniques.
  • La transmission du savoir, la formation, la valorisation et la reconnaissance des compétences.
  • L’arrêt de l’externalisation des activités environnement technique des petits sites et leur réintégration immédiate à France Télécom.
  • L’arrêt de la sous-traitance des métiers de Chargé d’Affaires et de tous les métiers techniques.
  • Des moyens financiers et humains, pour remettre à niveau le réseau de la Boucle locale fragilisé et vulnérable (le parc poteaux se compose au niveau national d’environ 12 millions de poteaux bois et de 3 millions de poteaux métalliques, sans parler des supports communs avec EDF qui sont non-conformes.
  • Le respect des règles d’ingénierie et les moyens d’enfouir le réseau FT (certaines artères aériennes dépassent les 200% de charge réglementaires…)
  • La modernisation du réseau (Fibre Optique jusque chez l’abonné).
  • La reconstitution des équipes « train parc » dissoutes juste avant la tempête de 1999.
  • Des embauches massives dans tous les services commerciaux et techniques pour répondre aux demandes et besoins de nos usagers.

Mais aussi concernant le plan Radial toujours activé :

  • prime de 50 euros par semaine pour tous les agents qui participent au plan de crise
  • Que cet effort face appel au volontariat sans affectation ou désignation d’office.
  • Que ces heures supplémentaires entrent dans le contingent des 90 heures d’heures supplémentaires par an ainsi que l’exige l’accord d’entreprise à FTSA.
  • Que les heures hors contingent soit réellement sur la base de travaux sécurité
  • Que les frais de restaurations et d’hébergements soient pris en charge par FT sans délais.

Oui à la solidarité mais …

Ce geste fort de solidarité de la part des personnels vers des populations durement touchées par des conditions climatiques exceptionnelles ne doit pas être le seul. L’entreprise sait très bien faire appel à ses salariés en faisant valoir leur attachement au Service Public et faire vibrer la fibre solidaire.

Mais qu’en est-il des actionnaires ? Quelle est leur part dans la solidarité ?

Vont-ils par solidarité renoncer à leurs dividendes pour permettre une remise en état du réseau ?

Vont-ils demander qu’une retenue exceptionnelle sur leurs dividendes soit versée à nos collègues qui ont décidé de mettre entre guillemets leur vie familiale pour porter assistance aux usagers du sud ouest ?

La solidarité ne doit pas être à sens unique et on ne peut pas demander toujours aux mêmes les sacrifices, et laisser aux autres les bénéfices.

L’action engagée le 29 janvier et suivi à France Télécom par plus de 40% du personnel ne doit pas rester lettre morte.

Dès maintenant engageons nous dans la perspective du 19 mars pour demander un autre traitement de la crise par le gouvernement et la réponse à nos revendications par France Télécom.

Montreuil, le 17 février 2009